Portrait présumé d'Antoine Dauvergne - Bibliothèque-musée de l'Opéra (Images-BNF)

GRANDES JOURNÉES DAUVERGNE

Versailles et Paris, des Lumières au Romantisme

Né dans les dernières années du règne de Louis XIV, Antoine Dauvergne (1713-1797) se fixe à Paris vers 1740 et se perfectionne alors dans l’art du violon avec Leclair et de la composition avec Rameau. C’est sous l’œil attentif de ces deux sommités du milieu musical qu’il fait ses premiers pas comme interprète virtuose – intégrant la Musique du roi et l’orchestre de l’Opéra – mais surtout comme compositeur. En pleine Querelle des Bouffons, son opéra-comique Les Troqueurs (1753) obtient un succès extraordinaire. Si cette pochade en un acte (grâce à laquelle il restera gravé dans les mémoires) le montre sensible au style italien défendu par Rousseau et les Encyclopédistes, ses nombreux succès sur la scène de l’Académie royale de musique, entre 1752 et 1773, le révèlent fils spirituel de Rameau : il est le seul à continuer à porter haut l’esthétique défendue par son maître, à une période où les styles italiens et allemands sont acclimatés en France à travers les œuvres de Pergolèse, Haydn ou Gluck. Le style baroque flamboyant dans lequel Dauvergne excelle s’exprime avec autant d’aisance dans ses sombres tragédies lyriques que dans ses opéras-ballets plus légers, proches de Mondonville. Curieux et imaginatif, il s’essaye aussi à des genres plus originaux comme la comédie lyrique ou le ballet d’action. Ainsi que la plupart de ses contemporains, il retouche d’anciens ouvrages à succès et leur offre une seconde vie en les parant d’une musique plus en prise avec le nouveau goût. Son sens de l’organisation et ses qualités de musicien lui valent d’accéder à tous les postes honorifique de l’époque : il est ainsi parallèlement Surintendant et Maître de musique de la Chambre du roi (1755-1792), directeur du Concert Spirituel (1762-1773) et, à trois reprises, directeur général de l’Académie royale de musique (1769-1776 ; 1780-1782 ; 1785-1790). Après avoir été l’un des compositeurs les plus féconds et les plus habiles de la seconde partie du règne de Louis XV, il sera l’un des directeurs les mieux inspirés de la fin du XVIIIe siècle, révélant les meilleurs auteurs de grands motets lors de son mandat à la tête du Concert Spirituel, et favorisant, à l’Académie royale, l’accueil de compositeurs étrangers tels que Piccinni, Sacchini, Salieri ou Cherubini. Les grands moments de la redécouverte de Dauvergne portent autant sur ses ouvrages lyriques, avec des titres aussi variés qu’Hercule mourant, La Vénitienne, Les Troqueurs, La Coquette trompée et Polyxène, que sur tout le répertoire qu’il suscita dans ses différentes fonctions : pages vocales de Gluck, Sacchini ou Grétry, concertos et symphonies concertantes de Gossec, Dalayrac ou Rigel. C’est à Christophe Rousset, Hervé Niquet, Guy van Waas, David Stern et d’autres fins connaisseurs de cette période qu’il appartient de redonner vie à des partitions d’une beauté et d’un lyrisme insoupçonnés.

Informations complémentaires sur Antoine Dauvergne :

- Le catalogue de l'œuvre d'Antoine Dauvergne sur PHILIDOR
- Le livre "Antoine Dauvergne (1713-1797). Une carrière tourmentée dans la France musicale des Lumières". Bientôt disponible