ThéPARis – Session II.

Séminaire de recherche ThéPARis

De janvier à juin, le CMBV organise un séminaire de recherche, sous forme de six séances, consacré aux questions de transversalité des pratiques artistiques entre les principaux théâtres parisiens sous l’Ancien Régime : la Comédie-Française, la Comédie-Italienne, l’Académie royale de musique et les théâtres forains. L'objectif du séminaire sera d'éclairer le processus de ces échanges, en abordant plusieurs aspects : dramaturgie, pratiques musicales et chorégraphiques, vedettariat, réseaux familiaux et mobilité des artistes, etc.

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ThéPARis – Session II.

Vendredi 15 février 2019, 10h-13h, Versailles, CMBV

Entrée libre sur inscription : theparis.seminaire@gmail.com


Répondante : Lucie Comparini (Sorbonne Université)

Intervenants :

Benoît Dratwicki (CMBV) : Quelles méthodes et quels traités pour l’acteur-chanteur d’opéra en France au XVIIIe siècle ?

L’enseignement des acteurs-chanteurs de l’Académie royale de musique est un sujet souvent décrié au XVIIIe siècle, tant par les auteurs que par la critique et les penseurs : les insuffisances de l’École du magasin de l’Opéra sont pointées du doigt, tout comme celle de l’instruction par les aînés. Quant aux Maîtres de « goût du chant », innombrables en place parisienne, ils relèvent souvent du charlatanisme et, en matière de jeu scénique, ne se révèlent d’aucune aide. On peut dès lors se demander quels sont, au juste, les écrits théoriques et pratiques dont dispose l’acteur-chanteur pour perfectionner les deux facettes de son art, le chant lyrique et le jeu théâtral. Cette question est plus déterminante encore en province, où les modèles et les bons maîtres sont rares. Au sein du florilège de parutions enfantées par le Siècle des Lumières, la dichotomie entre « chant » et « théâtre » s’estompe lorsqu’il s’agit des acteurs-chanteurs : une relecture de certains textes, notamment Le Comédien de Rémond de Saint-Albine (1747), L’Art du théâtre de Riccoboni (1750) et L’Art ou les principes philosophiques du chant de Blanchet (1756), témoigne d’une grande proximité entre les pratiques des différents scènes de la capitale et leur enseignement, remettant en cause les destinataires de ces traités.

Une leçon de « goût du chant », avec
Marine Lafdal-Franc, dessus
Fabien Armengaud, clavecin
Benoît Dratwicki, lecture et commentaires


Mickaël Bouffard (CMBV) : Modes théâtrales et références satiriques dans les « habits » de l’ancienne Comédie-Italienne

Les chroniqueurs des spectacles du Grand Siècle s’appesantissent souvent sur la magnificence des habits, éludant parfois même des aspects qui nous apparaissent aujourd’hui beaucoup plus essentiels, comme la performance des interprètes ou la qualité de la musique. Le costume et la mode occupant déjà une place de choix dans la culture française, il n’est pas étonnant que l’ancienne Comédie-Italienne s’en soit emparée pour en faire l’un de ses objets de satire. Les vestiaires de l’Opéra et de la Comédie-Française représentent des cibles privilégiées, doublant le jeu référentiel déjà présent dans les textes. L’humour naît souvent de ce décalage du haut et du bas, en associant par exemple le costume d’Arlequin et l’habit à la romaine. La raillerie se renforce par l’incomplétude du costume, le changement de ses proportions ou son aspect étriqué et mesquin. On n’hésite pas à moquer le mélange anachronique des modes anciennes et modernes ni à renvoyer précisément aux modes théâtrales lancées par Jean Berain (dessinateur à qui il arriva de travailler pour les Italiens). Parfois, pour des personnages comme Colombine, Marinette ou la Chanteuse, l’imitation des modes scéniques ressemble beaucoup à de l’émulation. Phénomène dont il faut tenir compte, tout comme la tentation inévitable des graveurs de frontispices — sources aussi délicates qu’indispensables — à s’inviter au jeu de la transversalité.

Versailles - CMBV
vendredi 15 février 2019

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