ThéPARis – Session V

Séminaire de recherche ThéPARis

De janvier à juin, le CMBV organise un séminaire de recherche, sous forme de six séances, consacré aux questions de transversalité des pratiques artistiques entre les principaux théâtres parisiens sous l’Ancien Régime : la Comédie-Française, la Comédie-Italienne, l’Académie royale de musique et les théâtres forains. L'objectif du séminaire sera d'éclairer le processus de ces échanges, en abordant plusieurs aspects : dramaturgie, pratiques musicales et chorégraphiques, vedettariat, réseaux familiaux et mobilité des artistes, etc.

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ThéPARis – Session V

Vendredi 17 mai 2019, 10h-12h30, Paris, Sorbonne Université, Maison de la Recherche (28, rue Serpente, 75005 Paris / salle D035)

Réservation obligatoire (places limitées) : theparis.seminaire@gmail.com

 


Répondante : Barbara Nestola (CNRS, CESR-CMBV)

Intervenantes :

Sylvie Bouissou (CNRS, IReMus) : L’itinérance des artistes de l’Opéra de Paris, choix ou conséquence d’un système ?

Si l’Académie royale de musique de Paris, institution phare de l’Ancien Régime en France, reste un lieu attractif pour les artistes, d’autres scènes parisiennes leur offrent des atouts ou une alternative de carrière. À travers quelques destins, on s’interrogera à la fois sur les stratégies politiques de l’Académie royale de musique de Paris et sur les motivations des interprètes qui « circulent » entre les différents théâtres parisiens ou y conduisent des carrières parallèles. Maints artistes sont concernés par cette transversalité, qu’il s’agisse des artistes du chant (Marie Antier, Sophie Arnould, Marie-Madeleine Buret au destin tragique, Marie-Jeanne Lemière épouse Larrivée aux aspirations refoulées de tragédienne, Mlle Petitpas, Claude-Louis-Dominique de Chassé de Chinais, Louis Cuvillier, manipulateur du système, Pierre-Marie Narbonne), des artistes de la danse (Raymond Balthasar Dourdet, le fils Dupré, Marie-Thérèse Maillard, la fille Puvignée, égérie de Rameau) ou encore des symphonistes (Jean-Baptiste Brunel, Pierre-Guillaume Dupont, Barthélémy Girault, Jean-Pierre Glachant, Gougi, Moulinghen, etc.). Ces quelques noms sont autant d’exemples qui nous conduisent à nous interroger sur leurs motivations : choix ou conséquence d’un système ?

Marie-Cécile Schang (Université Bretagne Sud) : « Ah ! n’est-ce point un songe ? » : emprunts et réappropriations des motifs du sommeil et du songe, de la tragédie en musique à la comédie mêlée d’ariettes (1760-1810)

Les motifs du sommeil et du songe, qui constituent dans certaines comédies mêlées d’ariettes une allusion très claire à la tragédie en musique, témoignent du lien historique qui unit l’opéra-comique et le grand genre bien avant l’apparition et la généralisation des ariettes. Quand la comédie mêlée d’ariettes se développe parallèlement à la comédie en vaudevilles, ce type d’allusion persiste, et conserve souvent une dimension nettement parodique, dont il convient de souligner que la visée n’est jamais exclusivement comique : la réappropriation des motifs du sommeil et du songe par la comédie mêlée d’ariettes apporte un éclairage sur l’élaboration d’une dramaturgie nouvelle dont les enjeux rejoignent ceux du drame et de la comédie sérieuse. L’alternance de dialogues et d’airs favorise au sein de la comédie mêlée d’ariettes des décrochages, des changements de plan qui conduisent certains personnages à s’interroger sur la distinction entre illusion et réalité, entre lucidité et rêve, entre état de veille et sommeil. La musique ouvre sur un ailleurs, et revêt en cela une dimension onirique, qui fait du sommeil et du songe des motifs particulièrement adaptés à la dramaturgie d’un genre qui, sous couvert d’évasion, accueille une part de réalité que les conventions et les interdits sociaux rendent inaudible : c’est une exploration de l’intériorité, en tant que lieu de l’intimité mais aussi de l’étrangeté à soi-même, que les motifs du sommeil et du songe, déplacés dans un univers moins idéalisé et plus trivial, mais non moins lyrique que celui de la tragédie en musique, rendent possible dans la comédie mêlée d’ariettes.

Paris - Sorbonne Université
vendredi 17 mai 2019

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