Hommage à Jean-Claude Malgoire de la part d’Olivier Schneebeli

 

Jean-Claude avant toute chose, était un homme libre.

C’était aussi l’un des êtres les plus généreux qu’il m’ait été donné de connaître. De cette générosité absolue qui ne demande jamais aucune contrepartie à celui qu’elle comble.

De cette générosité, j’ai bénéficié à plusieurs reprises et aussi tous les jeunes artistes (on a fini par ne plus les compter) auxquels il a donné leur chance, sans pour autant oublier les premiers compagnons de route.

Maintes fois je l’ai vu opérer, maintes fois j’en ai été ébloui.

Je crois qu’aucun chef, mieux que lui, ne laissait autant de liberté aux musiciens, aux artistes, qu’il dirigeait. Mine de rien, il les amenait tous là où il voulait en venir.

À la réflexion, ce n’est même pas cela. En le disant, je ferais injure à l’absolue générosité qui était la sienne. La plupart du temps, en vérité, il laissait agir chacun selon son instinct, avec une bienveillante sollicitude et le miracle, le plus souvent s’accomplissait.
J’ai assisté à certains de ces « miracles », notamment (je venais de prendre la direction des Pages et des Chantres) lors de cette tournée au Mexique autour d’improbables Vêpres imaginées par lui et Alain Pacquier, mêlant des psaumes de Charpentier à des œuvres composées par des indiens, élèves des jésuites, mises en chantier, autour de La Grande Écurie, par la maîtrise du CMBV et un chœur de jeunes mexicains préparés par Josep Cabré.
Je ne saurais non plus oublier, cette Flûte Enchantée dans une belle mise en scène toute en apesanteur de Pierre Constant, où trois Pages en salopettes bleues s’élançaient, dès l’ouverture, sur des échelles de cordes vers les cintres, comme trois oiseaux d’azur un peu fous et franchement imprudents. De cette production, il me reste tout particulièrement en mémoire une représentation, dans le magnifique petit théâtre conçu par Nicolas Ledoux au XVIIIè siècle à Besançon.
Adéquation parfaite du lieu avec une musique et ses interprètes ? Je n’ai pas souvenir, ni avant, ni après ce jour, d’avoir assisté à une Flûte à ce point idéale….
La gestuelle de Jean-Claude, il va sans dire, était à l’opposé des canons académiques de la direction d’orchestre. Elle ressemblait aux gestes d’un sourcier, ou mieux encore, d’un jeteur de sorts.
Qu’on ne s’y méprenne pas ! La magie à laquelle Jean-Claude s’adonnait était résolument blanche. Ses sortilèges étaient des sortilèges de lumière. De ses doigts, de leurs mouvements, de son être entier émanaient, quoiqu’il fît, des ondes bénéfiques.

Dans les moments les plus quotidiens de la vie, durant un repas partagé ou même une bribe de conversation échangée entre deux portes, on ressentait cela.
Tous un jour ou l’autre avons bénéficié d’au moins une de ces ondes.
Tous, nous en conservons pour toujours une parcelle, blottie dans un des recoins les plus mystérieux et aussi les plus purs de notre cœur.

Olivier Schneebeli
Mai 2018

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